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Sur les sept sceaux brisés par l'Agneau
Sermon de Saint Bernard de Clairvaux pour le jour de Pâques. 2/2
Voici la seconde partie d'une homélie de Saint Bernard de Clairvaux pour le jour de Pâques.
Saint Bernard de Clairvaux
23/03/2008
10. Que tous ceux qui ont été couverts de confusion se réjouissent maintenant, qu'ils se livrent à l'allégresse ceux dont les ossements peuvent dire : Seigneur, qui est semblable à vous? « Le lion de la tribu de Juda , la souche de David a vaincu (Apoc. V, 5). » Or, on dit que David était en même temps doué de beauté et de force, et il s'écrie : « Seigneur, tout ce que je désire est devant vos yeux (Psal. XXXVII, 10), » et « c'est en vous que je conserverai ma force (Psal. LVIII, 10). » Il est appelé «souche de David » par le Prophète; ce n'est pas David qui est la souche de Jésus-Christ, mais c'est Jésus-Christ qui est la souche de David, attendu que c'est en effet le Christ qui porte David, non point David qui porte le Christ. O David, ô saint roi, vous avez bien raison d'appeler votre fils, votre Seigneur; car ce n'est pas vous qui portez votre souche, mais c'est votre souche qui vous porte; la souche, dis-je, de votre force et de votre ardent désir, la souche désirable et forte. « Le Lion de la tribu de Juda, la souche de David a vaincu, et, par sa victoire, il a mérité d'ouvrir le livre et d'en rompre les sept sceaux (Ibid. 5). » Ces paroles sont tirées de l'Apocalypse, que ceux qui ne les ont jamais lues les apprennent aujourd'hui, et que ceux qui les connaissent se les rappellent. Saint Jean dit donc : « Je vis ensuite dans la main droite de celui qui était assis sur le trône un livre... scellé de sept sceaux, mais il n'y avait personne qui pût ni le lire ni l'ouvrir. Et moi je fondais en larmes parce qu'il ne se trouvait personne qui fût digne d'ouvrir ce livre. Alors un des vieillards me dit : ne pleurez point, car voici le Lion de la tribu de Juda, la souche de David qui a obtenu la victoire... En même temps je vis l'agneau sur le trône comme égorgé..., il vint, prit le livre des mains de celui qui était assis sur le trône, et l'ouvrit... Il y eut alors une grande joie, et il se fit entendre de grandes actions de grâces (Ibid. de 1 à 9). » Saint Jean avait entendu parler d'un lion et il vit un agneau; cet agneau est égorgé , il prend le livre, il l'ouvre, et il apparaît lion; alors les vieillards de s'écrier : « L'Agneau, qui a été immolé, est digne de recevoir la force (Ibid. 29), » non point de perdre sa douceur, mais de recevoir la force, afin qu'il ne cesse point d'être agneau, tout en devenant un lion. Je vais même plus loin, le livre qu'on ne pouvait ouvrir me semble n'être pas autre chose que lui. En effet, qui pourrait se trouver digne de l'ouvrir ce livre? Jean Baptiste lui-même s'en juge indigne, et cependant de tous ceux qui sont nés de la femme, Jean est le plus grand. Or c'est lui-même qui dit : « Je ne suis pas digne de dénouer les cordes de ses souliers (Marc. I, 7). » Car la majesté divine était venue à nous chaussée, c'est-à-dire incarnée, et la sagesse de Dieu était enfoncée dans un livre fermé, et scellé même. Ce que liaient les cordons de ses souliers était la même chose que ce que scellaient les sceaux de ce livre.
11. Mais pourquoi étaient-ils au nombre de sept? Ne serait-ce point pour désigner les trois facultés de l'âme, la raison, la mémoire et la volonté, et les quatre éléments dont nos corps sont composés, et nous apprendre ainsi qu'il n'a rien manqué au Sauveur de ce qui fait notre humanité ? Ou plutôt, ne peut-on pas dire que le livre de l'Apocalypse représente l'humanité de Jésus-Christ, mais alors quels en seraient les sept sceaux ? Je pense qu'on peut les trouver dans les sept merveilles de la présence de la majesté divine dans une chair mortelle, qui empêcheraient qu'on ouvrit le livre et qu'on vît la sagesse qui y était enfermée. Mais, en attendant, voici ce qui me vient à la pensée : ce sont d'abord les fiançailles de sa mère qui furent comme le voile qui déroba à tous les regards l'enfantement d'une vierge et la pureté de sa conception, et qui fit croire que Jésus, l'artisan dont les mains ont fait l'homme, était lui-même le fils d'un artisan; puis la faiblesse de son corps qui pleure et qui vagit, qu'on allaite, qui dort et qui est sujet à toutes les nécessités de la nature, mais qui cache, sous ces faibles dehors la vertu même d'un Dieu. Vient ensuite la marque de la circoncision, de ce remède du péché et des maladies de l'âme qu'il reçut, lui qui était venu pour faire disparaître toutes ces maladies et pour détruire le péché. Après cela, c'est sa fuite en Egypte, où l'on ne pouvait soupçonner dans celui qui fuyait la présence d'un aussi petit roi qu'Hérode, du Fils de Dieu , et du vrai roi du ciel. Qu'est-ce encore que cette triple tentation à laquelle l'ennemi du salut le soumit dans le désert, au sommet du temple et sur le haut de la montagne, en lui disant : « Si vous êtes le Fils de Dieu, dites que ces pierres deviennent des pains; » et encore, «jetez-vous en bas (Matth. IV, 6) 2 » Jésus-Christ ne fit ni l'un ni l'autre, pour que le livre demeurât scellé et que le rusé tentateur fût trompé. Il le fut en effet, au point de le tenir fermement pour un simple mortel, et son orgueil en vint, dans son incroyable délire, jusqu'à oser lui dire non plus, » si vous êtes le Fils de Dieu,» mais, «je vous donnerai tout ce que vous voyez-là, si, vous prosternant, devant moi, vous m'adorez. » Le sixième sceau du livre est la croix elle-même où il fut attaché entre deux larrons, et mis au rang des scélérats, tout Seigneur de gloire qu'il fût. Enfin le tombeau est le septième sceau qui ferma ce livre, et nul sceau ne le scella plus vigoureusement et ne le cacha mieux à tous les regards que ce grand mystère de charité. En effet, lorsque le Seigneur fut enfermé dans le sépulcre, il semble qu'il ne restait plus de place que pour le désespoir; c'est au point qu'en effet, ses disciples s'exprimaient ainsi : « Nous espérions (Luc. XXIV, 21). » Qui donc n'aurait fondu en larmes alors sur ce livre si bien fermé et scellé, en voyant qu'il ne se trouvait personne pour l'ouvrir ?
12. Mais séchez vos larmes, ô saint Jean, et vous, Marie, ne pleurez point davantage. Loin de vous ce deuil, que les nuages de la tristesse se dissipent. Réjouissez-vous dans le Seigneur et soyez transportés de joie, vous qui êtes justes, publiez sa gloire, vous qui avez le coeur droit (Psal. XXXI, 14). L'Agneau qui a été immolé, le lion qui est ressuscité, enfin le livre lui-même est digne de s'ouvrir de ses propres mains. En ressuscitant d'entre les morts, mais en ressuscitant par sa propre vertu, trois jours après sa mort, ainsi qu'il l'avait annoncé à ses apôtres, et comme ses ennemis eux-mêmes nous témoignent qu'il le fit en effet, en ressuscitant, dis-je, avec une telle majesté et une telle gloire, il montre,assez évidemment que tous ces sceaux, tous ces déguisements dont. nous avons parlé, étaient volontaires en sa personne, non point un effet de la nécessité, et qu'ils étaient la suite, non de sa nature, mais de son vouloir. Dans quelle pensée, ô Juif, scellais-tu donc la pierre de son sépulcre? « C'est, me réponds-tu, parce que cet imposteur a dit, lorsqu'il vivait encore : je ressusciterai trois jours après (Matth. XXVII, 63). » Oui, c'était bien un séducteur que ce Jésus, mais un séducteur plein de bonté, non de malice. « Enfin, dit notre Prophète, en parlant en votre propre nom, vous m'avez séduit, Seigneur, et j'ai été séduit; vous avez été plus fort que moi, et vous l'avez emporté sur moi (Jer. XX, 7). » S'il vous a séduit, ô Juif, ç'a été dans sa passion, car dans sa résurrection il a montré sa puissance et le Lion de Juda,l'a emporté sur vous. « En effet, s'ils l'avaient connu, jamais ils n'auraient crucifié le Seigneur de gloire (I Cor. II, 8). » Que feras-tu donc, ô Juif? Il a prédit, qu'il ressusciterait, et voilà qu'il a tenu parole. Examine la sceau que tu avais placé sur son sépulcre, il est rompu. Il t'a donné la miracle de Jonas comme il te l'avait prédit (Matth. XII, 39 et Luc. XI, 29). Jonas sort du ventre de la baleine, et le Christ sort de même des entrailles de la terre, après y être resté trois jours. Mais il y a eu manifestement beaucoup plus que Jonas dans celui qui s'est virilement arraché lui-môme du sein du trépas. Aussi les habitants de .Ninive s'élèveront-ils contre toi le jour du jugement dernier et seront tes juges, attendu qu'ils se sont soumis à la voix du Prophète et que tu n'écoutes pas la,voix du Seigneur ni même des prophètes.
13. Qu'est devenu aussi ce que vous disiez, ô Juifs: Qu'il descende de sa croix et nous croyons en lui (Matth. XXVII, 42) ? » Vous avez voulu rompre le sceau de la crois, en promettant que ce serait pour vous un motif d'embrasser la Foi. Eh bien, il est ouvert sans être rompu, embrassez-la donc maintenant, ou si vous ne croyez pas quand il ressuscite, c'est que vous n'auriez pas cru davantage en lui quand il serait descendu de sa croix. Si la crois du Sauveur vous scandalise de la sorte, « car, selon l'Apôtre, le seul mot de crois est un scandale pour les Juifs (I Cor. I, 23), » que du moins ce qu'il y a de nouveau dans le. fait de sa résurrection vous excite. Quant à nous, nous trouvons, notre gloire dans la croix, et, pour nous qui sommes sauvés, la croix c'est la force même de Dieu ; c'est, comme nous l'avons montré, la plénitude de toutes les vertus. Puissiez-vous du moins avoir votre tour dans la résurrection ; mais hélas ! peut-être elle aussi, elle surtout, vous scandalisent-elle, peut être ce qui, pour nous, exhale une odeur de vie, pour vous n'exhale-t-il qu'une mortelle odeur de mort. Pourquoi donc insisterai-je? Mon frère aîné ne peut entendre les accords de la musique et le chant des choeurs, il s'indigne de voir qu'on a tué pour moi le veau gras. Il reste à la porte de la maison, et refuse opiniâtrement d'y entrer. Mais nous, mes frères, entrons-y, et faisons une fête en mangeant l'agneau divin avec les pains, sans levain, de la sincérité et de la vérité, car Jésus-Christ, notre pâque, a été immolé pour nous (1 Cor. V, 7 ). Embrassons les vertus qui nous sont recommandées dans la crois, l'humilité, la patience, l'obéissance et la charité.
14. Considérons aussi avec une sérieuse attention ce que cette solennité nous enseigne en particulier. En effet, qui dit résurrection dit passage, transmigration. En effet, mes frères, le Christ ne West point reposé aujourd'hui, il est allé d'un pays à l'autre, non pas revenu à son point de départ. Enfin la pâque même que nous célébrons ne signifie point retour mais passage, et la Galilée où on nous, promet que nous verrons le ressuscité, n'a pas le sens de retour, mais de transmigration. Je m'imagine que l'esprit de plusieurs d'entre vous me devance et soupçonne où j'en veux venir ; je le dirai pourtant, mais en deus mots, afin de ne point fatiguer votre attention par un trop long discours dans ce jour de fête. Si, après la consommation de la croix, le Christ n'était revenu à la vie que pour recommencer notre existence pleine de misères, je ne vous dirais point, mes frères qu'il a passé mais qu'il est revenu, ni qu'il s'est élevé à un état plus sublime, mais qu'il est rentré dans celui où il était auparavant. Mais comme il est entré dans une vie toute nouvelle, il nous invite, par son exemple,, à faire aussi notre pâque et à le suivre dans la Galilée, d'autant plus, qu'en montrant par le péché, il n'est mort qu'une fois, et que, maintenant qu'il vit, il vit non pour la chair, mais pour Dieu.
15. Or, que disons-nous, nous qui dépouillons la sainte résurrection du Seigneur du nom qui lui est propre, et qui en faisons plutôt un retour qu'un passage pour nos âmes? Nous avons versé des larmes pendant ces derniers jours, nous avons vaqué à la componction et à lai prière, au recueillement et à l'abstinence, afin de racheter et d'effacer, pendant cette sainte quarantaine nos négligences, du reste de l'année. Nous avons communié aux souffrances du Christ„ et nous avons été entés de nouveau sur lui, par un second baptême, par le baptême de larmes, de pénitence et de confession, s'il m'est permis de parler ainsi. Si donc nous sommes véritablement morts su péché, comment pourrons-nous revivre au péché? Si nous avons pleuré sur, nos négligences, comment se peut-il que nous y retombions encarte désormais? On nous retrouvera donc encore curieux et bavards comme auparavant, lâches et négligents comme jadis, vains, soupçonneux, détracteurs, colères, et le reste, après avoir gémi dans ces derniers: temps de trouver, tous ces défauts. en nous. J'ai lavé mes pieds, comment pourrai-je me décider à les souiller de nouveau (Cant. V, 3)? Je. me suis dépouillé de ma vieille tunique; comment consentirai-je à m'en revêtir encore? Le faire ce n'est peint émigrer, mes frères, ce n'est pas prendre le chemin qui nous fera voir le Christ, ce n'est pas en suivant cette route que nous arriverons au lieu où Dieu nous montrera les Sauveur qu’il nous envoie : après tout, quiconque regarde en arrière, est indigne du royaume de Dieu (Luc. IX, 62).
16. C'est dans ces dispositions que se trouvent les amis du siècle qui sont les ennemis de la croix de Jésus-Christ dont ils ont reçu en vain le nom de chrétiens; pendant tout le temps de cette sainte quarantaine, ils n'aspirent qu'après le jour de la résurrection, hélas, afin de se livrer plus librement au plaisir. Ah ! mes frères, en pensant à celà, un voile de tristesse s'abaisse pour moi sur la joie de cette solennité, aussi gémissons-nous et versons-nous des larmes sur la profanation de cette fête que nous ne pouvons point ne pas voir aujourd'hui, que dis-je, que nous ne pouvons point ne pas voir surtout aujourd'hui. O douleur! le jour de la résurrection du Sauveur devient un jour de péché, une époque de retour au mal! En effet, à partir d'aujourd'hui les repas et les excès de table recommencent, les débauches et les impudicités reprennent leur cours, la concupiscence a la bride sur le cou, comme si le Christ n'était ressuscité que pour cela, non point plutôt pour notre justification? Vous lui avez préparé une salle pour le recevoir à son arrivée prochaine, vous avez confessé vos péchés avec larmes et gémissements, vous avez châtié votre corps et répandu des aumônes, et voilà que à peine entré chez vous, vous le livrez à ses ennemis, que dis-je, vous le forcez à fuir, en rappelant vos anciennes iniquités. La lumière, vous le savez bien, ne peut habiter en même temps avec les ténèbres, ni le Christ avec l'orgueil, avec l'aversion avec l'ambition, avec la haine de nos frères, avec la luxure et la fornication. Devons-nous donc faire moins pour lui présent, que pour lui devant venir? En quoi donc le jour de la résurrection du Sauveur réclame-t-il moins de respect, que celui de sa passion? Mais vous, ô mondains, ce n'est que trop évident, vous n'honorez ni l'un ni l'autre. Car si vous aviez véritablement partagé ses souffrances, vous régneriez maintenant avec lui, vous ressusciteriez avec lui.
17. Pour moi, toute humiliation qui n'est pas suivie de l'allégresse spirituelle n'est que le fruit d'une habitude qui se fait sentir à ses jours, c'est un semblant d'humiliation. Aussi l'Apôtre nous dit-il « Voilà pourquoi il y en a tant qui sont infirmes ou sans forces, tant qui s'endorment du sommeil de la mort (I Cor. XI, 30). » Oui, de là viennent ces mortalités fréquentes qui désolent certaines contrées, surtout de nos jours. En effet, qu'est-il arrivé? C'est que vous avez été saisis au milieu d'angoisses extrêmes, vous tous qui avez prévariqué, que dis-je, prévariqué, qui avez persévéré dans vos prévarications et en avez ajouté de nouvelles aux anciennes ; qui n'avez point fait pénitence, ou qui n'avez fait qu'une pénitence pleine de tiédeur, qui ne fuyez point les occasions dangereuses, même après en avoir fait une triste expérience, et n'évitez point les attraits du péché. Aussi, l'ennemi du salut vous a-t-il serrés dans ses liens, comme dit l'Écriture, avec tant de force que les nerfs de la cuisse en étaient tout contractés par la violence (Job. XL, 12). Si, ayant conscience de votre état, vous vous éloignez des sacrements de Jésus-Christ, vous n'avez plus rien de commun avec lui, vous n'avez plus la vie en vous. Entendez-le vous dire, en effet: « si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'avez point la vie en vous (Joan. VI, 54). » Mais si d'un autre côté vous les recevez indignement, vous mangez votre propre condamnation, parce que vous ne distinguez point le corps saint du Seigneur, d'une nourriture ordinaire ( I Cor. II 29). Rentrez donc en vous-mêmes, pécheurs, cherchez le Seigneur de toute votre âme, et haïssez le mal de toutes vos forces : faites pénitence, non du bout des lèvres, mais en esprit et en vérité. Or, ce n'est pas, du moins il me le semble ainsi, ce n'est pas se repentir de sa faute comme il faut, que de demeurer encore sur la voie glissante du péché; ni de ses égarements, que de ne point chercher un guide. Les marques d'une vraie pénitence se trouvent dans la fuite, dans le retranchement des occasions du mal. Autrement, il est bien a craindre que ce jour, dont on peut dire aussi d'ailleurs qu'il est un jour de ruine et de résurrection pour plusieurs, ne soit pour vous un jour de réprobation, soit parce que vous êtes manifestement loin du Christ, puisque vous ne le recevez point dans la communion, soit parce que vous vous en approchez dans la société de Judas, en qui Satan entra aussitôt après qu'il eût pris la bouchée de pain que Jésus lui présenta.
18. Mais après tout, mes frères, qu'ai-je à m'occuper des gens du dehors? à moins que ce ne soit pour gémir de nous être trouvés autrefois pris dans les mêmes filets qui les retiennent encore, et pour nous féliciter d'être sortis, par un effet de la grâce seule de Dieu, de ces liens où nous ne pouvons nous empêcher de déplorer avec des larmes de frères de les voir encore retenus. D'ailleurs, plaise à Dieu que nous nous trouvions nous-mêmes tout à fait exempts de cette malheureuse et sacrilège servitude, et que, au lieu de décroître en ferveur et de diminuer nos pratiques spirituelles depuis que le jour de la sainte résurrection du Sauveur a lui,nous nous efforcions au contraire d'avancer sans cesse et de croître toujours davantage. Quiconque, après les lamentations de la pénitence, ne retourne plus aux consolations charnelles, et met au contraire toutes ses espérances dans la divine miséricorde, s'engage dans une voie nouvelle de piété, si je puis le dire, et marche vers la joie qui vient de l'Esprit-Saint : aussi est-il encore moins accablé par le souvenir du passé que charmé, embrasé même par la pensée des récompenses éternelles; celui-là, dis-je, est véritablement ressuscité avec Jésus-Christ, célèbre une vraie Pâque et se rend, en effet en toute hâte dans la Galilée. Pour vous donc, ô mes bien-aimés, si vous êtes ressuscités avec Jésus-Christ, recherchez maintenant ce qui est dans le ciel où le Christ est assis à la droite de Dieu. N'ayez de goût que pour les choses du ciel, non plus pour celles de la terre (Coloss. III, 1 et 1); afin que, de même que le Christ est ressuscité d'entre les morts par la gloire de son Père, vous marchiez aussi dans une voie nouvelle (Rom. VI, 4), et passiez avec bonheur des joies et des consolations du siècle par la componction des coeurs et la tristesse de l'âme, qui est selon Dieu, à une sainte dévotion, à une joie toute spirituelle, avec la grâce de celui qui est passé de ce monde à son père, et qui daigne nous appeler à sa suite dans la Galilée, pour s’y montrer à nous, lui qui est Dieu et béni par-dessus tout dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.
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